Interview avec le directeur du Festival

Entre deux traductions, j’ai eu la chance de pouvoir interviewer le directeur du Festival, Christopher Buchholz. Ainsi vous en saurez plus sur les coulisses du Festival mais aussi sur sa carrière d’acteur.

Comment es-tu devenu le directeur du Festival international du film francophone en 2010 ?

En France, en Italie … on fait officiellement un appel d’offre mais officieusement, c’est déjà décidé à qui la place sera donnée alors qu’en Allemagne, il faut postuler. On était 30 candidats et ils ont fait ça de manière très ouverte et démocratique. J’étais super content quand j’ai appris la nouvelle. J’y croyais pas parce que j’avais jamais fait ça auparavant. J’avais juste produit un ou deux films. Mais je pense que c’est mon enthousiasme qui m’a aidé à être sélectionné. Il n’y a pas de condition de nationalité mais ça a aidé que je sois Français.

« J’ai passé en France les années marquantes, la plus grande partie de ma scolarité et j’ai découvert le cinéma français, comme on dit, dès mon berceau. J’ai beaucoup d’atomes crochus avec les films français et la culture française qui me passionnent. […]. Un festival, c’est un peu comme inviter des amis à la maison en leur promettant qu’ils s’amuseront, qu’ils auront des discussions enrichissantes, qu’ils mangeront bien et rencontreront des gens intéressants – autant d’aspects qui caractérisent la culture francophone. »                      – Christopher Buchholz

D’ailleurs, pourquoi y a t-il un Festival de cinéma francophone à Tübingen ?

Des militaires français étaient stationnés à Tübingen [de 1945 à 1991, d’abord comme occupants puis à partir de 1955 comme alliés] et trois personnes voulaient absolument rencontrer une actrice française. Ils se sont dit que le seul moyen de la rencontrer, c’était de créer un festival et de l’inviter. C’est ainsi qu’a été créé le Festival en 1984. [plus d’infos sur les Français à Tübingen ici]. Depuis, le but du Festival a bien sûr évolué. On essaie vraiment de donner la place aux jeunes.

Comment choisissez-vous les films pour le Festival ?

On est trois personnes à faire partie du Comité de sélection, Hasan, Bärbel et moi. On commence par une phase de recherche, c’est-à-dire qu’on va regarder le plus de films possible durant les autres festivals comme la Berlinale, Solothurn (Suisse), Cannes et FESPACO (Afrique). On a également des antennes pour voir ce qu’il se passe à Lucarno et à Venise. De son côté, Hasan cherche d’autres films. Cette année, il voulait faire quelque chose sur la thématique LGBT.

Ensuite, après les festivals, on commande une centaine de films qu’on regarde pendant deux sessions de visionnage (fin juin et fin août). En 5 jours, on doit voir 80 films donc c’est un peu dur niveau cadence. On a des grilles d’évaluation et on donne des notes à chaque film. Arrive enfin la phase de sélection à proprement parlé. C’est là où on discute des films. Certains films ont des bonnes notes mais on ne les choisit pas car on se dit que ce n’est pas pour nous soit parce que ça passe pas avec le Festival, soit parce qu’on a déjà quelque chose qui y ressemble. Des fois les réalisateurs sont déçus qu’on n’ait pas choisi leur film mais ça ne veut pas forcément dire qu’on le trouve mauvais, juste qu’il ne rentrait pas dans la sélection. Dès le départ, on sait combien de films on souhaite dans chaque catégorie.

La sélection se fait également à travers nos goûts personnels. Par exemple, je suis père de famille donc quand je vois un film sur la pédophilie, j’ai pas envie de le regarder. Par contre, je trouve ça intéressant de voir des films dans lesquels les pères ont la responsabilité des enfants.

Parmi les films présentés lors du Festival, il y a « Zone rouge » du réalisateur suisse Cihan Inan dans lequel tu joues. Tu as également tourné avec des réalisateurs italiens, français et allemands. Est-ce que tu trouves qu’il y a des différences sur les tournages ?

Dans le temps, c’était plus bordélique en Italie. Là-bas tu as l’impression que tout va se casser la gueule mais au final, ça fonctionne quand même. En Allemagne et en France, c’est très pro. Mais la différence ne tient pas tellement à la nationalité, elle dépend plutôt du réalisateur, de la production et de l’argent qu’ils ont à disposition.

Je vais partager une petite anecdote de mon premier tournage en Allemagne : dans le monde entier, tu dis « action » avant une scène mais en Allemagne, ils m’ont dit « bitte » (= svp) alors je leur ai demandé s’il y avait un problème. Mais en fait, ils disent juste « bitte » au lieu d' »action ». Je trouve ça merveilleux car « action » signifie « vas-y maintenant » et il faut que tu assures directement alors que dans « bitte » il y a quelque chose de plus doux qui veut dire « quand tu veux ». Je trouve ça génial qu’en Allemagne, l’acteur décide quand il est prêt. En général sur un tournage, la technique vient en premier donc ça crie dans tous les sens, ça se prépare, ça bouge … le metteur en scène devient impatient et puis quand tout est prêt, l’acteur doit y aller alors qu’il a besoin de concentration aussi.

En parlant de tournage, c’est pas trop perturbant de tourner les scènes dans le désordre ?

Les gens disent que le théâtre, c’est ce qu’il y a de plus difficile mais je ne suis pas d’accord car au théâtre, tu as deux mois de répétition tandis qu’au cinéma, on t’appelle parfois deux jours avant le tournage. De plus, au théâtre, il y a un début et une fin comme en natation, tu plonges et tu ressors à l’autre bout de la piscine. Au cinéma, tout est découpé. On tourne les scènes en fonction des lieux de tournage donc si par exemple, on tourne une scène où on se dispute, tu quittes la pièce et on se réconcilie dehors. La scène de dehors sera peut être tournée dans une semaine donc il faut se rappeler de son état d’esprit, dans quelle énergie tu étais après la dispute pour que les scènes se suivent et aient un sens.

Pareil, il y a souvent une seule caméra donc les scènes sont tournées tout dans un sens (c’est-à-dire caméra sur un acteur) puis dans l’autre (caméra sur l’autre acteur). Il faut faire attention aux faux raccords également par exemple quand tu bois, il faut se rappeler jusqu’où tu as bu. En tant qu’acteur, il faut penser à tous les gestes que tu fais pour une scène comme manger, boire, fumer et toujours faire les mêmes gestes dans le même ordre sinon quand les scènes seront coupées puis assemblées, elles ne colleront pas donc c’est un travail très compliqué. Pareil, on a des marquages au sol pour savoir où se diriger et s’arrêter.

Est ce que le fait de parler plusieurs langues a été un avantage pour ta carrière d’acteur ?

J’ai tourné dans pleins d’endroits, notamment en Italie. Je parle très bien italien, j’adore la langue et j’ai donc tourné en italien. Mais malheureusement, un comédien doit percer dans un pays d’abord puis une fois qu’il est connu, il peut aller autre part (ex : Jean Dujardin, Marion Cottilard). Sans ça, tu es étranger partout. Pour les Américains, je suis européen, pour les Français, je suis allemand et inversement.

On est toujours plus à l’aise dans sa langue maternelle pour exprimer des émotions, n’est-ce donc pas difficile de jouer dans une langue étrangère ?

Oui, ça change beaucoup. Mais ça ne me gêne pas de jouer dans une autre langue car je plonge dans le personnage. Par contre, parfois un film est coproduit avec un autre pays et on te demande alors de jouer dans les deux langues, de te doubler toi-même. Pour moi, ce n’est pas possible car le personnage, selon la langue qu’il parle, change complètement. Tout change, physiquement …

J’espère que vous en avez appris davantage sur le Festival international du film francophone de Tübingen et sur le métier d’acteur. Je tiens à remercier Christopher de m’avoir accordée cette interview.

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